Workshop College of Visual arts and design Denton TX

I LOVE THE WAY YOU FEEL

est une oeuvre interactive conçue et réalisée pour et avec les étudiants de la classe video et la classe 3D de Jenny Vogel (http://www.jennyvogel.net/) au College of visual arts and design de l’UNT de Denton. Lors de ce worshop j’ai été assistée par Florent Di Bartolo qui a développé le programme de cette oeuvre.

A EXPERIMENTER :

http://labs.hyper-media.eu/dallas/3Dclass/landscape.html
http://labs.hyper-media.eu/dallas/videoclass/landscape.html

cette oeuvre est libre de droit mais son utilisation pour tout autre contexte que ce workshop doit nommer les personnes à l’origine et ayant participé à ce projet.

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Jenny Vogel (Assistant Professor of New Media Art, Area Coordinator New Media Art, in College of Visual Arts and Design) www.jennyvogel.net <http://www.jennyvogel.net> / Jenny.vogel@unt.edu, has invited me to do a one-week workshop at UNT (University of North Texas).

I LOVE THE WAY YOU FEEL is an interactive artwork designed and created for and with the help of the students of a 3D class and a video class directed by Jenny Vogel. During this one-week worshop I have been assisted by Florent Di Bartolo, who developed the web application introducing the videos made by the americans students.

The artwork questions the stereotypical appearance of the landscape we share. And makes the mix between the french landscape and the texan landscape. For instructions the students had to produce a video loop with raw footages of their landscape on which I added my landscape,in other words severals views of Annecy. The work is the result of the connections made by each student with the video of two other students. It represents a flat panorama that recovers my views of Annecy.

At the end the user interacts with a panorama he can discover at his own rhythm. He will use his mouse to reveal the still images of Annecy hidden under the texan landscape.

A EXPERIMENTER :

http://labs.hyper-media.eu/dallas/3Dclass/landscape.html
http://labs.hyper-media.eu/dallas/videoclass/landscape.html

This work is free but it’s important to appoint creators and all participating students if it’s used in any other context of this workshop.

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Elle interroge la notion de paysage du point de vue du stéréotype (l’image que l’on se fait d’un lieu). C’est la rencontre entre nos 2 paysages franco-américain. Les étudiants devaient tourner une vidéo en boucle de leur paysage et je décidais d’apporter une vision d’Annecy. Le matériel de l’oeuvre est à la fois la connexion entre chaque étudiant de la classe (pour former un panorama de leur groupe-classe) et mes images.

L’utilisateur regarde sur son écran un panorama qui défile en carrousel et dont il peut s’approprier à son rythme et à sa manière, la rencontre de nos points de vue. il va pouvoir avec sa souris, dévoiler une infinité de combinaisons de ces nouveaux paysages.

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Le paysage renvoie d’abord à  l’idée d’un point de vue sur un environnement naturel ou urbain. Facilement nous privilégions la conception du paysage comme d’un décor : un contexte et une réalité descriptibles, compréhensibles par tous proche d’une carte postale : une prise de vue figée et stéréotypée commune à tout un chacun presque universelle.

Dans l’oeuvre I love the way you feel, j’ai décidé de photographier en panorama le paysage naturel typique d’Annecy, le lac et les montagnes (celui que l’on retrouve facilement sur internet) ; un panorama par mois de septembre à avril 2012 date de ma rencontre avec les étudiants de Denton.

J’ai choisi la photographie car elle renvoie à une forme d’a-temporalité d’un lieu dès qu’on décide d’en prendre les indices les plus communs. Le temps n’a pas d’effet sur un paysage qui correspond à l’idée que l’on s’en fait universellement : la montagne est verticale, enneigée et le lac doit être bleu… ; peu importe de quelles manières vous photographiez les montagnes et le lac, peu importe à quel moment…..ils sont déjà images dans la mémoire collective. la photographie permettait aussi d’agir en background, le décor solide (l’enseignante?) derrière la vivacité (des étudiants?) de l’instant de la rencontre.

C’est justement ce que questionne Andy Warhol dans Empire 1963, le building suffit en tant que signe à construire le paysage autour de lui (invisible). La durée du film (qui est en fait composé de différentes séquences) affirme justement cette a-temporalité. Il est l’indice des pliures dont parle Anne Cauquelin,
« Elle suggère que le paysage serait un équivalent construit de la nature, cette dernière ne pouvant être perçue qu’à travers son tableau. Toutefois le paysage est une série de constructions où chaque forme contient en elle les images « pliées » de formes plus anciennes. Déplier les plis, ce serait critiquer l’idée allant de soi que le paysage est identique à la nature. « Gérard Chouquer, Anne Cauquelin, L’invention du paysage. Paris, PUF, 2000, 180 p. (« Quadrige »). Et: Le site et le paysage. Paris, PUF, 2002, 194 p. (« Quadrige »)., Études rurales, 163-164 – Terre, territoire, appartenances, 2002
http://etudesrurales.revues.org/document129.html

J’ai choisi les signes les plus caractéristiques d’Annecy (pour permettre à tous de confirmer l’idée qu’il se fait d’une ville française proche des montagnes avec un lac). Et les étudiants de Denton, sans réfléchir à la demande, spontanément aussi ont filmé leur paysage extérieur quotidien : des voitures et des routes (pour plus de la moitié d’entre eux) : signes caractéristiques forts.
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Pour ramener cette image de carte postale (de décor) à ma propre représentation,  j’ai utilisé une application iphone « wordfoto » : elle reconstitue l’image en la recouvrant de mots (choisis par l’utilisateur) : les mots redessinent les contours de l’image et gardent les couleurs d’origine. La représentation photographique fidèle de la réalité s’efface au profit d’une qualification.
Les mots utilisés identifient le territoire (ex : quai des marquisats, île aux cygnes …) et l’activité associée (ex : rollerblade, luge…).
Les mots floutent les éléments du paysage (cela pourrait être du coup n’importe où) mais en même temps ils confirment la prise de vue, le choix et la présence physique du photographe. On s’approche alors du journal intime. L’image se temporalise et se privatise.
« Des étapes sont nécessaires pour engendrer un paysage. Même s’il relève d’une donnée empirique, le paysage revendique un «être-pour-soi éventuellement optique,[…] esthétique,[…] atmosphérique», une singularité s’arrachant à «l’unité indivisible de la nature où chaque morceau n’est qu’un lieu de passage pour les forces universelles de l’être-là» Philosophie du paysage, p. 230; voir Kant et Gœthe p.32-37.

Entre tous ces morceaux, comme un éclatement de soi, l’être se constitue donc dans le flux, le passage, le cheminement. Ici les possibilités sont autant horizontales que verticales, chaque mouvement de l’utilisateur remplit (matérialise) l’espace entre des morceaux, son déplacement corporéise la mise à distance volontaire du paysage.

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Chaque étudiant doit, à partir de sa vidéo, se connecter avec son voisin de gauche et de droite (placés dans l’espace de la classe). Leurs vidéos semblaient contenir
une part importante de leur histoire personnelle (trajet maison université, maison disparue, jardin, place…) mais rien n’était visible à l’image (cela leur paraissait évident mais aucun indice ne me permettait de comprendre leurs choix).
En travaillant sur le lien avec leurs voisins, les étudiants ont d’une part affirmer leur message mais d’autre part totalement « affectés » leurs images ; comme les mots ajoutés sur mes photographies.
La rencontre avec l’Autre est un équilibre instable, un oscillement entre le décor et son propre corps. Entre le visible et le sensible……Ce que nous perdons lors de la rencontre, nous le gagnons en matérialité, en espaces, en virtualités.

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Le choix de l’affichage comme en cinémascope aide à affirmer l’idée de double compression de l’image (annecy-denton) et permet un voyage sur une ligne d’horizon constituée de pliures de paysages.
Comme une meurtrière, elle incise l’écran, le coupe en 2 : la meurtrière découpe l’espace du visible, de la rencontre de différents univers, des mondes en soi….que le geste de l’utilisateur cimente, scinde et relie (tout en effaçant d’ailleurs il révèle la spirale :

Comme dans le Guggenheim Museum NY 1959,de Franck Lloyd Wright : 4 meurtrières horizontales, (idem Le Gordon Strong Automobile Objective (1925) et maison sur la cascade (1936)) : « Ici, pour la première fois, l’architecture apparaît plastique, un étage se coulant dans le suivant (plutôt comme une sculpture) au lieu de la superposition habituelle des strates interconnectées par les poutres et les poteaux ». Schématiquement, l’architecture du musée Guggenheim est une spirale ascendante qui déploie sa courbe tout au long d’une rampe en pente douce. Sur six étages dont chacun donne sur un patio. Une innovation architecturale – inspirée tout de même des musées du Vatican – qui permet un mode de circulation très original et surtout une mise en espace muséographique tout à fait nouvelle. Les œuvres, exposées sur le mur opposé à la rampe, bénéficient d’un éclairage en lumière naturelle, dispensée par une verrière. »

Chez Wright la spirale se déroule à l’intérieur du volume, à l’extérieur, seules les découpes superposées tranchent le volume séparant les différents éléments.
Dans le I LOVE THE WAY YOU FEEL, la surface du visible devient instants de rencontres entre les acteurs (enseignant étudiant utilisateurs) et dévoilement du processus caché (comment cela fonctionne, le programme finalement) : l’utilisateur vit alors (comme dans le musée Guggenheim de NY, corporellement, un long travelling … à la découverte d’inconnus, de présences, d’identités, d’oeuvres (?)….

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L’oeuvre prend la forme au départ, d’une veduta (mot italien « vue ») : peinture représentant un paysage panoramique, de manière très détaillée. A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, se développe en Italie un genre particulier de paysage, essentiellement urbain, contemporain, d’une grande exactitude topographique. Ces vues, fidèles à la perception optique de la réalité, sont souvent réalisées à l’aide d’instruments, en particulier la « camera obscura ».
Cependant ici la machine ne permet pas de révéler précisément des données topographiques ne tenant pas compte non plus de la réalité des territoires mais révèle par le geste de l’individu actant, la composition d’un paysage sous la forme d’une cartographie (impossible dans la réalité) : un paysage pictural constitué d’éléments symboliques et biographiques, de traces individuelles…. Une combinaison de possibles dont le geste en est le liant ET le révélateur (pour reprendre un terme photographique).

Lorsque le spectateur-utilisateur se déplace sur le panorama visible au centre de l’écran d’ordinateur, la place de sa souris permet aussi l’affichage de données strictes de la prise de vue (lieu, date, heure) de l’image des étudiants (en bas) et de la mienne (en haut) : ces informations encadrent (comme une fine ligne d’horizon dédoublée en haut et en bas), le panoramique c’est-à-dire le point de vue central celui de l’image et du son et de l’écran. Le déplacement dévoile en même temps les différentes couches d’images et toutes les informations qui permettent de qualifier les différents lieux et acteurs de ces images.

L’utilisateur peint en lignes et tâches : son geste laisse des traces et entaille les vidéos en révélant le dessous l’autre côté (de l’océan?). C’est un dripping à l’envers : les retraits ajoutent de la nouvelle matière.
Il dessine une carte : qui n’est pas la représentation et traduction visuelle bidimensionnelle d’un espace mais une forme d’informations unique dépendant de ses propres déplacements dans l’image.

Tout est ramené à la surface, plus de points de fuite ou de perspective (l’invention du paysage est lié justement à cette nouvelle représentation et perception de l’espace) :

Bernard Stiegler écrit que « réenchanter le monde c’est le faire revenir dans un contexte demi-dieux associés et reconstituer l’individuation comme association et concours dialogique. » p.52.

Carole Brandon

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2 réflexions au sujet de « Workshop College of Visual arts and design Denton TX »

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